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L'eau en images
L'eau a de tout temps été présente dans les arts au Canada, mais l'importance de son rôle a pu varier selon la popularité du paysage comme sujet d'une oeuvre d'art. De plus, chaque artiste avait ses lieux de prédilection et sa manière propre de traiter le sujet : certains affectionnaient davantage l'est du pays, tandis que d'autres trouvaient leur inspiration dans l'Ouest; il y avait des peintres réalistes et d'autres nettement impressionnistes. I
Ce sont les thèmes religieux qui ont prédominé, au début, chez les artistes canadiens-français. Il n'empêche que le fond de ces oeuvres pieuses représentait souvent un paysage où dominait l'eau. Toutefois le véritable paysage n'est apparu au Canada qu'après 1759, principalement chez des peintres britanniques au départ, qui étaient attirés par l'eau et la terre comme sujets. Thomas Davies, officier britannique, figure parmi les plus créatifs de ces peintres; ses toiles témoignent de sa prédilection pour les cours d'eau, les lacs et les chutes.
Contrairement à celles de beaucoup de ses collègues, qui manquent de vivacité, les oeuvres de Davies brillent d'éclatantes couleurs. C'est le cas d'une de ses toiles les plus célèbres, Vue de la partie inférieure des chutes de la rivière Saint-Anne, près de Québec. Selon le goût européen, ses couleurs étaient exagérées, mais les aquarelles de Davies sont aujourd'hui, de toutes les oeuvres réalisées au Canada au XVIIIe siècle, celles qui ont le plus de prix. J
Joseph Légaré a été l'un des premiers Canadiens à s'éloigner peu à peu de la tradition de l'ancien monde et le premier à peindre des paysages à l'huile. Ses Les Cascades de la rivière Saint-Charles à la Jeune-Lorette (vers 1840) marquent un renouveau dans l'histoire de la peinture au Canada. K
Entre 1860 et 1890, de nombreux artistes ont répondu aux aspirations expansionnistes de la nation en allant peindre des cours d'eau dans l'Ouest. Les subventions versées par le gouverneur général et le transport offert gratuitement par la compagnie Canadien Pacifique servaient de mesures incitatives.
William Armstrong a fixé sur la toile de nombreuses scènes de l'Ouest canadien. Ingénieur de profession, il avait accompagné le colonel Wolsely dans l'expédition destinée à mater la Rébellion de la rivière Rouge en 1870. Durant le voyage, il a eu l'occasion de peindre de nombreux paysages, les plus remarquables étant les lacs et les cours d'eau situés sur la rive nord du lac Supérieur.
Paul Kane (1810-1871) est, pour sa part, un des artistes peintres les plus célèbres du XIXe siècle pour la représentation de paysages de l'Ouest canadien. Tout en prenant des notes sur la vie des peuples autochtones, il a dessiné des croquis de rivières, de chutes, de portages et de scènes aperçues le long des cours d'eau qu'il a parcourus en canot avec des marchands de fourrures de la Compagnie de la baie d'Hudson. Le portage de White Mud sur la rivière Winnipeg (1856) est l'un des nombreux tableaux peints par Kane à partir d'esquisses réalisées durant ses voyages. Cependant, même ses paysages les plus sauvages sont empreints de romantisme à la manière européenne. L
Les artistes britanniques, habitués à la nature paisible de la campagne anglaise, étaient stimulés par la taille, l'escarpement et le caractère souvent violent des chutes et des rivières canadiennes. La plupart d'entre eux, cependant, étaient si profondément influencés par les traditions européennes qu'ils avaient tendance à représenter le paysage tel qu'à leur avis il était censé être et non tel qu'il était réellement. À cause de ces liens avec le passé très peu des tableaux de cette époque ont un cachet vraiment « nationaliste », c'est-à-dire qui traduisent une expérience et une perception uniquement canadiennes.
Quelques peintres de cette époque sont toutefois parvenus à se dégager du carcan des conventions européennes. Beaucoup diront que Cornelius Krieghoff et G.B. Fisher sont de ceux-là. Les oeuvres de Fisher qui représentent le fleuve Saint-Laurent, la rivière Grand et les chutes de la Chaudière sont encore considérées de nos jours comme les plus belles gravures du paysage canadien.
Tandis que Kane travaillait essentiellement dans l'Ouest, Krieghoff, lui, s'était établi dans l'Est. Le thème le plus exploité chez lui est le paysan québécois, mais beaucoup des paysages qu'il a peints représentent les lacs et les cours d'eau qui étaient à l'époque les pivots de l'activité humaine et commerciale. Il se dégage du portrait que Krieghoff fait des habitants et de la nature sauvage une sensation d'intimité et de joie. Les canots, radeaux et portages ont habituellement représentés en petit et paraissent insignifiants au coeur de la grande nature. Dans son tableau intitulé L'orage, Saint-Ferréol (1854), des chutes plongent dans le Saint-Laurent et des tourbillons d'écume tranchent sur les couleurs éclatantes de l'automne. Krieghoff semble avoir goûté la vie dans le Nouveau Monde, et, sans doute comme cela transparaît dans ses oeuvres, il compte parmi le artistes les plus aimés des Canadiens. M
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